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  • Sylvain Lupari

TANGERINE DREAM: Encore (1977) (FR)

“Encore est un précieux témoin de cette unique ambiance de magie qui irradiait des concerts de Tangerine Dream à cette époque”

1 Cherokee Lane (16:19)

2 Monolight (19:54)

3 Coldwater Canyon (18:06)

4 Desert Dream (17:30)

Virgin Records

(CD 71:49)

(Berlin School)

Durant les années 70, les concerts de Tangerine Dream étaient uniques. En raison de la délicatesse des équipements analogues, le trio Allemand improvisait chaque soir un nouveau spectacle. Oui, certaines lignes de rythmes ou d'harmonies se rapprochaient, mais Tangerine Dream était à l'aise dans ce contexte que le trio dompte depuis 1974. Ainsi Franke, Froese et Baumann transposent les essences de Stratosfear, et même Phaedra, dans des rythmes furieux construit autour de percussions électroniques et séquenceur. Ces rythmes supportaient la rage des synthés, claviers et mellotron, de même que l'approche assez rock de la guitare d'Edgar Froese. ENCORE est l'archive et le témoin de cette furieuse tournée Nord Américaine, dont j'ai eu la chance de voir à Montréal, qui démontrait que la MÉ était plus qu'un musique flottante non identifiable.

Un étrange vent métallique et spectral soulève les particules sonores d'une lugubre ambiance sibylline. L'intro de Cherokee Lane plonge dans un univers sonore syncrétique où des lignes de vieux orgues ténébreux flottent et s'entrecroisent dans une valse pour âmes errantes. Elles se perdent dans le rythme dandinant d'une douce séquence, parfumée des douces couches du mellotron rêveur de Baumann. Erratiques et titubants, les accords du séquenceur embrassent une tendre ligne flûtée et une chaleureuse ligne de basse, guidant Cherokee Lane vers un violent rythme lourd, bien attendu et fort prisé d'une audience qui se souvient des premières lourdeurs du séquenceur de Cherokee Lane. Rythme lourd sur une ligne basse percutante, Cherokee Lane laisse entendre une habile fusion des albums précédents Rubycon et Phaedra. Les synthés et le mellotron bouillent sur des rythmes tourbillonnant et enivrant, échappant de furieux solos de synthé et de mellotron qui sont harponnés par la ténacité de Chris Franke au séquenceur. Le synthé hurle et ourle ses solos dans une parfaite symbiose avec le mellotron, alors que Cherokee Lane devient de plus en plus lourd avant de s'éteindre très lentement sous les réflecteurs des lueurs diurnes. Monolight débute avec un piano évasif qui s'égare sur des airs de Rubycon. Ce doux piano, un peu mélancolique, est joint par un bref passage de mellotron avant de s'effacer dans un enfer empli de grincements et grondements métalliques et des hurlements de synthés affolés. On se croirait à l'époque psychédélique de Pink Floyd dans Ummagumma. Un léger roulement de percussion en sort, accompagnant les notes d'un clavier et les souffles de synthé qui moulent une superbe mélodie. Une tendre mélodie qui accroche un soupir à l'âme et qui se perd dans des sonorités métalliques qui s'entrechoquent dans un lourd tintamarre. Une mélodie qui servira aussi de tremplin au single ENCORE et un prétexte pour propulser Monolight vers un furieux mouvement du séquenceur qui devient cerné par une lourde ligne basse et de très beaux solos d'un synthé aux ululements apocalyptiques. Monolight dérive vers un monumental trio de synthés qui chantent une mélodie avec des solos gras et symphoniques qui circulent et emplissent les ambiances, tout en croisant des séquences de Stratosfear. Monolight continue sa route mélodieuse vers des grondements de soufre et tempère sa furie avec un piano que les enfers agrippent de leurs ombres synthétisées.

Des accords froids et résonnants tombent comme les dernières gouttes d'une glaciale pluie automnale en ouverture de Coldwater Canyon. Très lourd et psychédélique, Coldwater Canyon est le titre à Edgar. Sur une structure musicale en constante déclivité, et qui ressemble à un lent et saccadé mouvement de Stratosfear, Edgar laisse aller sa folie électrique dans une pure improvisation, tel une rock star accompagnée de comparses dociles. Des solos torsadés, mordus par de lourds riffs et aux boucles spiralées survolent un mouvement minimalisme qui s'essouffle graduellement. C'est un titre tranchant qui se démarque du répertoire de TD avec une furieuse vision de rock progressif lourd et orageux, quoique les nappes de claviers et le débit saccadé des séquences et percussions électroniques trempent clairement cette phase dans le genre électronique progressif Berlin School. Desert Dream termine ce double live avec un long titre atmosphérique qui étire ses minutes dans une nuée de sonorités flottantes et ambiguës. Cette ouverture est très méditative avec des sonorités hétéroclites qui flottent dans un univers onirique. C'est de la pure magie ambiosonique des années analogues qui défilent dans nos oreilles. Desert Dream s'éteint doucement avec un beau mélange de piano électrique, de synthé symphonique et d'un mellotron brumant, ramenant les effluves d'Invisible Limits sur Stratosfear.

ENCORE est un précieux témoin de cette unique ambiance de magie qui irradiait des concerts de Tangerine Dream de cette époque. Chaque soir était un happening musical différent qui ravissait les fans. De l'improvisation autour des structures de Stratosfear et Phaedra sur des jeux de laser très efficace et enchanteurs pour l'époque, ENCORE offre des moments uniques qui sont toujours gravés dans les mémoires des milliers de spectateurs qui y étaient. Dont la mienne!

Sylvain Lupari (05/08/06) ****½*

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© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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