• Sylvain Lupari

INDRA: Cosmic Sound (1994) (FR)

Panoramas ambiants et rythmes lunaires se mêlent dans une vision cosmique qui est une très belle ode à la solitude dans un cosmos étoilé

1 Nova New 28:32

2 Veda 27:08

3 Alcyone 16:13 (Bonus track)

Eagle Music |EMCD 030/2011

(CD 71:53)

(Ambient and meditative EM)

Initialement réalisé en 1994, COSMIC SOUND est l'aboutissement d'une réflexion de Indra sur l'art de composer de la musique ambiante. Le synthésiste Roumain voulait à tout prix éviter de tomber dans le piège du déjà-entendu en élaborant deux longues structures auxquelles il ajouterait de nouveaux motifs soniques dont les subtils développements épouseraient un délicat crescendo qui trouverait sa conclusion dans une finale où les esprits apaisés se réveilleraient tout aussi paisiblement qu'ils se sont endormis. Enregistré à l'automne 1994, COSMIC SOUND est le 8ième album du synthésiste Roumain qui s'est servi de cette expérience comme tremplin pour approfondir le genre et son style. Cette nouvelle réédition, qui comprend un titre prime enregistré en 2009, est remasterisée par Indra et corrige les lacunes techniques dû à l'enregistreur multipiste de l'époque, donnant ainsi toute la profondeur sonique à un album intensément ambiant. Sauf que l'ambiant peut aussi générer une forme de rythme.

C'est ce qui accroche tout de suite l'ouïe avec l'ouverture de Nova New. De fines nappes de synthé flottent avec un léger mouvement de saccade, créant un rythme abstrait qui se recouvre de denses couches d'un synthé aux fragrances orchestrales. Des larmes de violon flottent lascivement sur un délicat motif de rythme discret dont les légères secousses hachurent la plénitude ambiante. On entend des bruits hétéroclites et des coups de percussions épars tombés dans les limbes de ce long tunnel d'ambiances où nos oreilles sont constamment aux aguets. Et tranquillement ce nuage de bruits, ainsi que le rythme discret, se perdent dans de longilignes et sinueuses vagues morphiques. Le Mellotron étend son emprise méditative avec des lentes caresses de violons artificiels qui flottent et flottent au-dessus d'une faune sonique cosmique, rappelant cette lente valse interstellaire qui ceinturait les étouffantes ambiances de 2001: A Space Odyssey. Le long mouvement de Nova New évolue par segments. Ainsi, après son intro indécise entre le rythme et les ambiances et sa profonde intrusion dans des galaxies morphiques, Nova New reprend ce délicat rythme introductif qui strie une approche méditative où les brises de synthés et les voix astrales étreignent un léger tambourinement métallique. J'entends des souvenirs musicaux de Klaus Schulze sur Picture Music refaire surface, alors que l'intensité monte d'un cran. Les chœurs et les nuages d'éther sont plus denses, plus dramatiques. Les motifs soniques qui nourrissaient les ambiances de Nova New s'agglutinent en une intense fusion ambiosphérique et s'accrochent à une lourde pulsation qui tambourine des ambiances et des chœurs à la recherche d'un second souffle.

Veda est nettement plus tranquille, plus céleste. Les larmes de synthé qui s'entortillent et fusionnent leurs chants éthérés flottent dans un paysage sonique imprégné d'un fort motif ésotérique. Ils dessinent des élans de solitude et de nostalgie sur les bribes d'un rythme suavement magnétisant, forgé dans les battements de percussions manuelles. Veda revêt un voile plus cosmique aux alentours des 10 minutes. Le mouvement est très ambiant avec des lignes de synthé qui sonnent comme la surface d'une eau que l'on chatouille du bout du souffle. Leurs vagues font de fascinantes harmonies dont les tonalités se fondent avec les prismes du cosmos. On nage en pleine sérénité alors que le Mellotron étend ses voiles de violons et d'instruments à vents artificiels qui flottent comme du duvet poussé par la chaleur des brises de canicule. Une voix s'élève et son discret chant infiltre les harmonies éparses d'accords finement pincés. Et les percussions tombent sur le coup des 18 minutes, éveillant nos sens et un rythme lent, suggestif. Des coups d'enclume tintent alors que de superbes strates de violoncelles apocryphes étouffent la colère des percussions dont les coups errent plus qu'ils ne forgent un rythme. Contraignant Veda à son enveloppe morphique qui chantera de ses voiles célestes jusqu'à ses dernières secondes. Très bon! Composé en 2009, Alcyone est brodée dans les derniers instants de la finale de Veda. La tonalité est plus limpide. Des arpèges cristallins sautillent ici et là, dessinant les pans d'une mélodie ambiante dont les reflets scintillants miroitent dans les larmes des douceurs d'un Mellotron très mélancolique et concluant ainsi cette douceur morphique qu'est COSMIC SOUND; une ode à la solitude et une symphonie pour les étoiles.

Sylvain Lupari (01/03/14) ***½**

SynthSequences.com

Disponible au Indra Bandcamp

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