• Sylvain Lupari

JOHAN TRONESTAM: Midgard (2018) (FR)

“La recette de Johan Tronestam traverse les ans parce que le musicien Suédois a ce don d'y apporter une touche innovatrice dans son style”

1 Before the Dawn 10:45 2 The Old Ones 9:30 3 The Growing Shadow 9:36 4 Deceived 11:22 5 The Escape to Middle Earth 8:48 6 Alliance 9:46 7 Grey Havens 9:04 8 The Sailor in the Sky 9:30 SynGate Wave JT06

(CD-r/DDL 78:21) (French School, Cosmic Rock)

Inspiré par un livre posthume de J.R.R. Tolkien, Le Silmarillion, MIDGARD est un autre séduisant opus du synthésiste Suédois. L'idée de faire une musique inspirée de ce livre remonte autour de 2015 et Johan Tronestam a soigneusement composée une musique, il m'a soufflé qu'il avait assez de matériel pour compléter un 2ième volet, qui serait à l'image du livre. Des mythes et des légendes des mondes de Tolkien où le passé n'a aucun ancrage. Mais comment y arriver lorsque l'on connaît les sempiternels rodéos cosmiques de Johan Tronestam? En y amenant un souffle de mystère! Ainsi chaque titre de MIDGARD est trempé dans des ambiances cinématographiques où les racines de la Terre du Milieu s'expriment en rythmes saccadés et/ou fluides, comme ces structures qui jalonnent les albums de celui qui a envoûté son public avec Roots and Legends from the North en 2013. Sauf qu'ici, notre ami Johan apporte une texture différente au niveau de ses synthés. Ils sont autant harmonieux et stimulants qu'avant. Sauf qu'elle a changé de ton, plongeant l'auditeur dans un décor qui sied très bien à ces images imprenables de l'univers J.R.R. Tolkien.

Chaque titre propose une mise en scène sonique qui permet d'atteindre son noyau rythmique. Before the Dawn propose par contre une intro toute en musique avec un synthé qui chantonne tout en suivant le doux mouvement hypnotique d'un séquenceur et de ses ions se dandinant d'un pas rêveur. Le débit vif et sec d'une autre ligne de séquences réoriente la cadence qui roule avec plus de fluidité à cause notamment d’une bonne ligne de basse. Un élément essentiel dans les structures de cet album. Des nappes de brumes maquillent le décor alors que de lointaines harmonies flottantes d'un clavier résonnent comme du Pink Floyd dans Wish You Were Here. Utilisant à escient ses 10 minutes, Johan Tronestam modifie le parcours de son rythme en ajoutant des percussions après une courte phase transitoire. Accentuant à nouveau la cadence, Before the Dawn devient le théâtre de superbes solos créateurs de ver-d'oreille. The Old Ones propose une autre introduction de brume qui évolue lentement mais avec de beaux effets de percussions. Les nappes de synthé ont cet étrange arôme qui redéfinit l'approche de Johan Tronestam dans MIDGARD. Si certaines sont mystifiantes, d’autres sont plus musicales et flottent avec un effet nasillard. Une phase de rythme nouée de saccades délie son effet spasmodique alors qu'une nappe de basse ajoute plus de fluidité, amenant The Old Ones dans un rock cosmique et de ses délicieuses intervalles d'ambiances. Le synthé est très beau! Volant et flottant sur une structure toujours cousue de saccades, on dirait un train, il apporte autant de nuances dans le choix de ses solos qui sont à la fois harmonieux et libres de toutes contraintes harmonieuses. Suivant le précepte des introductions de cet album, The Growing Shadow évolue vers une autre structure de rythme bondissant et entraînant. Le maillage entre le séquenceur et les percussions reste dans le ton, alors que ce sont encore les solos qui volent bien haut dans ce titre rempli aussi de bons effets.

Deceived présente la plus longue introduction d'éléments d'ambiances dans cet album. Le rythme qui suit est encore tissé par 2 ou 3 de lignes de séquences qui s'entrelacent dans un effet de complexité. Il soubresaute en symbiose avec une ligne de percussions spiralées, créant un lent mouvement sphéroïdal où se cache une mélodie fantôme dans un décor apocalyptique. C'est dans de tendres nappes orchestrales que The Escape to Middle Earth débute sa marche éthérée. L'effet fait très musique de film lorsque des éléments cosmiques contredisent cette donne, donnant plus des airs de Michael Garrison à une autre belle structure de rythme électronique montée sur une approche plus fluide et où séquences et percussions font monter à bord une approche mélodieuse qui vous mange les tympans pour des heures à venir. C'est un titre idéal pour une émission de science-fiction. Épousant ce modèle de musique en continuelle développement, Alliance quitte son douillet nid d'éléments d'ambiances afin de courtiser un rythme doux qui se transforme en un bon rock cosmique sobre. Idem pour Grey Havens dont la structure de rythme est nourrie par des séquences qui sautillent avec des riffs de clavier et de sobres percussions. Ce maillage n'éteint pas la fluidité proposée par une autre ligne de basse efficace et attrayante. Le synthé divise aussi son approche avec des solos autant arabiques que cosmiques tout en éventant de bons effets qui font toujours plaisir aux oreilles. The Sailor in the Sky termine cet autre très bel opus de Johan Tronestam avec une introduction gorgée de bruits bizarres qui s'effacent au contact d'un doux rythme circulaire. D'étranges vapeurs de voix et d'autres effets sonores sortent des cheminées de la Terre alors que peu à peu le rythme mou devient plus entraînant en conservant toujours cet effet de spirale.

Des rythmes entraînants qui sont en continuel mouvement et évolution ainsi que des solos de synthé musicaux et attrayants, la recette de Johan Tronestam traverse les ans parce que le musicien Suédois a ce don d'y apporter une touche innovatrice dans son style qui flirte toujours entre les hymnes cosmiques de Jean-Michel Jarre et de feu Michael Garrison. Et même dans une enveloppe tamisée de mystère, MIDGARD possède toujours et encore ces ingrédients qui font de sa musique une aventure extrêmement agréable à entendre.

Sylvain Lupari (01/05/18) *****

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Disponible au SynGate Bandcamp

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