• Sylvain Lupari

MICHAEL STEARNS: Chronos (1985) (FR)

Chronos de Michael Stearns a changé ma perception de la MÉ où j'ai compris que la MÉ pouvait définitivement avoir une âme

1 Movement 2 Corridors of Time 3 Essence and the Ancients 4 Angels, Bells and Pastorale 5 Escalator 6 Voices 7 Portraits 8 Ride (Finale) Sonic Atmospheres| RB1 4009

(CD 41:44)

(Space Music)

Ça vous surprendrait si je vous disais que moi, un amateur de musique animée par des séquenceurs endiablés, j'admire ce chef d'œuvre? En fait, ce CHRONOS de Michael Stearns fait partie de ma liste des 10 albums qui me suivraient partout? C'est effectivement le cas. Lorsque j'ai débuté ma progression dans les sphères de la MÉ, j'étais plutôt à la recherche de musique plus séquencée qu'ambiante du genre Ricochet (TD) et Black Dance (Schulze). Puis vint Jean-Michel Jarre et les époques numériques de Klaus Schulze, Tangerine Dream et Software. Encore là, je n'étais pas attiré par la musique dite d'ambiances ou purement flottante, mis à part les œuvres de Schulze et TD que j'apprivoisais peu à peu. Puis un jour je tombe par hasard le documentaire de Ron Fricke. Les superbes et audacieuses images coulaient tellement bien avec la musique que cela a piqué ma curiosité. Et ce qui m'avait le plus impressionné était la finale avec cette énorme impulsion qui me rappelait tellement les rythmes cosmiques de Jarre que je me suis décidé à acheter l'album. Un geste que je n'ai jamais regretté! Son apprentissage a été plus difficile qu'envisagé! CHRONOS! C'est plus de 40 minutes d'une musique planante où se cachent des passages saisissants d'où ce progressif envoûtement qui croit au fur et à mesure de sa découverte. La musique regorge de modulations spatiales et de subtils morcellements des sonorités qui se découvrent d'écoute en écoute, renouvelant constamment une nouvelle vision auditive. On ne peut pas être plus près du cosmos et de la vie sur terre qu'en écoutant CHRONOS; une symphonie cosmique profonde qui se déroule dans un long 43 minutes segmentée en 8 parties. Avec l'utilisation de son système modulaire Serge Synth, Michael Stearns dessine les lignes d'un voyage exceptionnel intemporel qui s'adapte si bien au remarquable documentaire de Ron Fricke. Chaque note, modulation, bourdonnements, mouvement, séquence, percussion, morsure de basse et descente, comme ascension, spiralée est merveilleusement retransmis avec un étonnant parallélisme que nous sommes en droit de nous demander si Ron Fricke n'a pas modifié le montage de son documentaire afin de donner toute la latitude à la musique de Michael Stearns, car aucune bande sonore n'est en si étroite fusion avec son sujet. L'espace terrestre et aérien, les longues plaines, le cosmos, les grandes villes et le tracé des lumières spirituelles et corporelles qui suivent chaque mouvement comme des auras lumineuses; Stearns épouse chaque image de la pellicule avec une étonnante précision et une remarquable vision créatrice.

Des faibles tintements carillonnent dans une profonde obscurité où de fines couches de synthé s'entrelacent avec fragilité sous l'œil giratoire d'un noir phare cosmique. C'est ainsi que Movement infiltre nos oreilles. Dense et sombre, le premier acte de CHRONOS s'illumine avec les superbes strates harmoniques de Corridors of Time qui coulent et coulent avec une étonnante poésie cosmique. Intense et morphique, le synthé rayonne de strates aux suaves harmonies célestes qui fusionnent en un puissant crescendo empirique pour s'égarer dans les limbes atmosphériques de Essence and the Ancients. Là où pleurent ces strates qui sont maintenant dénués de support rythmique. Comme des soupirs de fantômes, elles errent dans les confins du vide en étreignant ces accords de la Space Bass de Constance Demby pour s'enfuir vers les lourdes couches cathédralistes à la Jean Michel Jarre qui séparent Essence and the Ancients du tendre et très méditatif Angels, Bells and Pastorale. Encore là, Michael Stearns étonne avec autant de tendresse et de douceur. Les soupirs spectraux sont transformés en chants flûtés, qui en épousent les mêmes formes, amenant l'auditeur vers le concert des cloches temporelles. Elles tintent et résonnent autour d'une faible lueur prismique et des jérémiades d'un synthé dont les lignes absentes formulent un dernier souhait avant d'escalader les marches de Escalator où chaque note dessinent des marches imaginaires qui se transforment en un puissant tourbillon vertigineux. Cette furieuse spirale s'étouffe dans les astres avec la chorale de Voices qui susurrent et chantent la promesse du temps sur un délicat mouvement qui s'est transformé en une très belle chorale éthérée qui souffle des filets de soie dans une ambiance fantomatique. Tranquillement nous nous dirigeons vers Portraits, un autre délicat passage que l'on voudrait sans fin. Le synthé pleure des larmes de cristal qui tombent sous les charmes d'une brise flûtée. Ces vents chatouillent des carillons qui tintent délicatement parmi des voix éteintes alors que l'on devine une lourde et menaçante explosion qui retentit avec fracas. Elle libère la fureur titanesque de Ride (Finale) qui boucle la boucle avec une approche très Jean-Michel Jarre, confirmant ainsi CHRONOS dans son titre de chef d'œuvre intemporel de MÉ cosmique.

Cet album de Michael Stearns a changé radicalement ma perception sur la MÉ. C'est avec CHRONOS que j'ai compris que la MÉ pouvait définitivement avoir une âme. Les douceurs de Voices resteront ancrées dans ma mémoire jusqu'à ce qu'elle se souvienne. Et la beauté de CHRONOS se multiplie par dix avec la vision du cinéaste Ron Fricke. Si le visionnement de ce documentaire n'est pas une obligation pour apprécier la richesse de la musique de Michael Stearns, elle n'en demeure pas moins un excellent complément à une œuvre qui n'a pas pris une ride et qui restera dans mon top 10 malgré l'avalanche de MÉ que je me tape depuis les années 70.

Sylvain Lupari (06/04/07) *****

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