• Sylvain Lupari

OTARION: Constellations and the Red Thread Front (2016) (FR)

Peu importe les styles, Rainer Klein a ce don de soutirer les racines d'émotions qui se cachent sous chaque pore de notre peau

1 Look up Your Eyes 7:15 2 Follow the Thread 5:45 3 The Constellation 10:22 4 Reverberation 7:43 5 Break Out 7:15 6 Flames 10:41 7 Inspired 12:06 8 The Mysterious 7:06 MellowJet Records| CD-r ot1601 (CD-r/DDL 68:13) (Symphonic, E-Rock, Electronica)

On dira ce qu'on voudra, et peu importe les styles, Rainer Klein a ce don de soutirer les racines d'émotions qui se cachent sous chaque pore de notre peau. À preuve? Ces notes de piano qui tracent un chemin de nostalgie dans le tumulte et les grondements de l'ouverture de Look up Your Eyes! Il n'y a pas 30 secondes au compteur que déjà les textures sonores de CONSTELLATIONS AND THE RED THREAD FRONT nous avalent. Comme dans Monument! Comme dans Genius! Des souffles de grosses cornes caressent cette mélodie, amenant des séquences qui papillonnent dans ses sillons. Une ligne de basse fait palpiter sournoisement ses notes alors que les percussions alourdissent l'émotivité des ambiances. Et ces larmes de guitare qui crissent dans les doux staccatos des orchestrations cimentent l'approche cinématographique assez dramatique de Look up Your Eyes. Et que serait ces textures sans ces voix éthérées qui flottent comme ceux d'anges déchus et un passage d'ambiances ténébreuses qui se terminent dans un crescendo d'émotivité avec une guitare rageuse et ses solos qui transpercent les sens? Voilà, vous avez le tableau du dernier album d'Otarion! De ce que j'ai lu, CONSTELLATIONS AND THE RED THREAD FRONT serait la conclusion d'une trilogie amorcée par le superbe Genius en 2014. Et c'est très plausible parce qu'on y retrouve ces mêmes ingrédients qui nourrissaient les charmes de Genius et de Monument; mélodies accrocheuses, piano poignant, guitares aux solos déchirants ainsi que des orchestrations pompeuses et enveloppantes sur un mariage de percussions et de séquences qui forgent des rythmes tantôt rock progressif et/ou symphonique et tantôt dance et/ou Électronica mais toujours dans des tempéraments cinématographiques.

Follow the Thread suit avec un rythme statique forgé par un mouvement de séquences qui sautillent dans une structure linéaire. L'approche s'apparente à un rodéo fantomatique qui explosera pour un bon rock symphonique orné de couches de vieil orgue. Entre son rythme lourd et ses ambiances séraphiques, les arrangements restent soyeux et le synthé tisse une superbe mélodie poignante qui me retrempe dans les belles mélodies de Genius. Lourd, dramatique et poignant! Nous sommes dans la meilleure phase de l'univers Otarion. The Constellation amorce son voyage avec approche plus électronique. Des nappes tombent comme ces feuilles dérivant de son arbre et des séquences scintillent et clignotent avec leurs doubles qui projettent une aura plus sibylline. Les percussions qui tombent créent un soupçon d'Électronica qui se concrétise lorsque les séquences sont enveloppées par l'élan des orchestrations et la vélocité accrue des percussions. Nous sommes dans du bon Électronica où les percussions parfumées de Jean-Michel Jarre mitraillent les orchestrations harmoniques de Moonbooter sous les doux parfums sédatifs de voix absentes. J'aime bien, même si ce n'est pas dans mes goûts! Il y a un petit quelque chose d'explosif dans ce titre, de même que dans Reverberation, et son approche de séquence harmoniques sur fond de rythme de danse qui font très Still Alive (Adieu) de Moonbooter. Hormis pour le très transe et danse Break Out, qui épuise autant nos tympans que nos pieds, chaque titre de cet album repose dans une enveloppe évolutive où rythmes et ambiances se succèdent avec des éléments de vélocité additionnels.

Du rock symphonique à de la musique cinématographique en passant par de l'Électronica dynamique, Otarion prend plaisir à exploiter ces éléments à l'intérieur des paramètres de temps de chaque composition. Flames en est un très bon exemple et propose une bonne symbiose entre de l'Électronica et du gros rock avec une guitare aux solos aussi criants que ses lourds riffs entraînants. Ça fait assez Jerome Froese, quoique ça sonne comme de la dynamite inspirée par l'excellent Chronologie de Jean-Michel Jarre. Inspired embrasse un peu les éléments de Flames avec un gros rock symphonique (les superbes nappes d'orgue séduiront les fans de Procol Harum) qui s'aliment de bonbons électroniques (les séquences voyagent dans des bancs de brouillard et de voix) sur une longue structure qui propose autant de passages méditatifs qu'explosifs. Rainer Klein nous tient constamment sur le qui-vive et nos émotions ont besoin de souffler, de refaire le plein. Et c'est là que la conclusion nous conduit avec le très soyeux, mais ténébreux, The Mysterious dont les lentes brises ambiantes et ces notes d'un piano toujours aussi pensifs que celles de Vangelis semblent nous conduire à la prochaine étape d'Otarion.

Sylvain Lupari (22 Juin 2016) *****

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Disponible chez MellowJet Records

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