• Sylvain Lupari

REDSHIFT: Toll (2006) (FR)

Toll est un monument qui se savoure avec tout le respect que l’on doit aux plus grands

1 Stuka 18:02 2 Cast Down 6:25 3 Glide 12:58 4 Rock 6:11 5 Toll 20:44

Distant Sun Productions DS006

(DDL 64:23)

(England & Berlin School)

Après le départ de Rob Jenkins, plusieurs fans et moi le premier, se demandaient comment Redshift allait réagir. Après tout, il jouait un rôle important au sein du quatuor Anglais. Sa guitare, son Moog modulaire et son séquenceur supportaient très bien les improvisations de Mark Shreeve. Nous avons été en mesure de sentir une complicité et son importance dans le groupe croître d'album en album. Son départ sur Oblivion était comblé par nul autre que Ian Boddy. Mais pour TOLL, enregistré au Festival E-Live de 2004, Ian Boddy comme Rob Jenkins sont absents, laissant le trio James Goddard, Julian et Mark Shreeve performer la musique de Redshift. Allons écouter et déguster cet autre CD enregistré en concert, là où Redshift excelle!

Sur un long mouvement sinueux et polyrythmique, Stuka est crevant d'intensité et débute cette captation de concert dans la plus pure tradition Redshift. Un chant de chouette se mêle à une poussée de vents lourds et vaporeux, stimulant une ambiance sombre et pesante. Il n'y a pas 60 secondes d'écoulées qu'une pulsation résonne sur les sifflements poussiéreux de ce vent métallique d'où émergent aussi des notes de piano électrique. Pulsations ténébreuses et notes du piano dansent et nourrissent les extrêmes d'une sombre procession où même le mellotron fait divinement chanter sa flûte. Cette procession est ténébreuse, houleuse avant que le séquenceur accélère la cadence avec des ions gras et résonnants qu'une nappe de synthé gorgée de bruits radioactifs ensorcèlent juste avant que Stuka décide de libérer la densité de ses ambiances par un rythme tout simplement infernal qui bat la mesure, avec de brèves phases moins intenses, sur une distance de 8 minutes. Ralenti, le rythme poursuit néanmoins une démarche flottante avec un effet d'élasticité. Comme des ventouses pulsatoires qui grimpent une courbe, il se chamaille avec ses ambiances et continue sa folle virée incendiaire sous des nappes de synthé pas toujours accueillantes et des nuages de poussières de métal psychédélique. Il ralentira sa course au contact des accords de piano qui voltigent parmi d'autres notes éparses dans une finale enveloppée de nappes de synthé explosives. Cast Down se nourrit des derniers souffles de Stuka qui sont aspirés par un grondement sourd. Une ligne d'arpèges limpides virevoltent au-dessus d'un piano perdu au milieu dans ces nappes d'orgue intimidantes et des effets sonores hétéroclites. Et c'est sous cet arsenal composé d'un chœur chtonien et d'un mellotron aux souffles spectraux que Cast Down cogne aux portes de Glide. Un piano agile danse et insuffle un mouvement serpentin de notes mélodieuses et cristallines qui se dandine innocemment sur une hallucinante séquence tourbillonnante. Cette structure prend plus de vie avec une bonne ligne de basse et des notes éparses qui voltigent derrière un superbe mellotron aux airs d'une soyeuse flûte harmonieuse, contrastant sur la lourdeur séquencée qui fait rouler Glide. Nous ne sommes pas aux bouts de nos surprises lorsqu'une nuée de violon rejoint ce rythme fougueux, laissant s'échapper les guides du séquenceur qui mordait déjà dans l'ouverture de Glide. Un grand titre qui rejoint les classiques du répertoire Redshift. À date, ce TOLL est excellent!

C'est sur les derniers échos des bourdonnements de Glide que Rock débute. Une réverbération reste suspendue comme un néon qui se tortille pour pondre son éclairage, donnant l'illusion d'un étrange effet sinistre. Un peu comme un rythme industriel flottant. Une faible pulsation circule dans un environnement calme, comme dans un cimetière industriel. Dans cet univers perdu les souffles synthétisés ont des sonorités aciérées qui se mesurent à des chœurs aux murmures spectraux sur des bruits de fond bigarrés. Seul des palpitations précipitées s'échappent, émiettant des murmures qui nourrissent les premiers cliquetis mécaniques de la méga pièce-titre. Un long titre de 20 minutes, Toll a un départ lent incrusté qu'il est dans les effets industriels de Glide. Les chuintements se transforment en boucles métalliques qui prennent une forme ondulante. Un rythme étrange et lent se développe étouffé par un séquenceur hésitant. D'ailleurs tout est oscillant dans la première partie de Toll. Mais lorsque le gros Moog embarque, on saisit la nuance dans ses mouvements et la musique se développe avec force sur des riffs de guitares virtuels et un séquenceur ondulant sur une structure lourde et saccadée qui pulse avec lourdeur toute l'énergie restante du séquenceur. Un titre intense et saisissant qui mérite ses applaudissements nourris.

TOLL va au-delà de Oblivion! Redshift pousse son introspection encore plus loin en donnant une âme à une forme de musique industrielle que je trouve ordinairement froide et abstraite. Le trio Anglais est solitaire dans son monde métallique où sa noirceur embrasse sa démesure. Mais derrière ces étreintes de métal sur métal, Redshift forge de superbes moments mélodieux qui accrochent, étonnent et séduisent. TOLL est un monument qui se déguste avec tout le respect que l'on doit aux plus grands maîtres.

Sylvain Lupari (13/10/06) ****½*

SynthSequences.com

Disponible au Redshift Bandcamp

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