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  • Sylvain Lupari

TANGERINE DREAM: Quantum Key (2015) (FR)

Updated: Feb 24

Je dois admettre que ce Quantum Key montre quelque chose qui devrait nous plaire, même si beaucoup d'entre nous souhaitent la fin de cette aventure

1 Genesis of Precious Thoughts 9:12 2 Electron Bonfire 5:05 3 Drowning in Universes 11:07 4 Mirage of Reality 7:25 Eastgate | 075 CD

(E.P. 32:51) (Sequencer-Based E-Rock)

Les Quantum Years était la prochaine étape souhaitée par Edgar Froese pour la longue aventure de son vaisseau sonique. Fini la Eastgate Years! Fini les tam-tams d'Iris Camaa et les saxophones mélancoliques de Linda Spa. Voici cette nouvelle génération où s'ajoute Ulrich Schnauss et où le son de Tangerine Dream retrouve un genre de jouvence avec une approche qu'Edgar veut simplifier avec une pléiade d'instruments électroniques tant analogue que numérique, exception faite pour les violons et violoncelles de Hoshiko Yamane qui sont autant électriques qu'acoustiques. Sauf qu'Edgar ne pourra voir, de cette planète à tout le moins, l'évolution de son bébé qu'il a conçu et éduqué contre vents et marées depuis Electronic Meditation en 1970. Premier opus de cette nouvelle lignée, QUANTUM KEY était un avant-goût (ce l'est toujours) de ce qui était planifié, soit l'album Quantum Gate. Offert en format E.P. de 33 minutes, ce dernier CupDisc présente 3 compositions cosignées par Edgar Froese. Le duo Quaeschning/ Schnauss s'est inspiré des derniers travaux, des dernières notes du renard argenté afin d'offrir un mini album d'une grande qualité qui laissait (laisse toujours?) entrevoir et entendre un Tangerine Dream qui unissait (unit encore?) les ponts entre ses années Virgin, ses années Melrose et ses dernières années Eastgate.

Et c'est cette impression qui nous obsède dès les premières mesures de Genesis of Precious Thoughts. Les séquences sont lourdes et oscillent vivement comme un troupeau qui dévale une plaine remplie de dunes symétriques. Comme dans Phaedra! Avant d'arriver là, le titre traverse une introduction maculée de tonalités et d'effets électroniques qui se tordent sous une horde de piétinements métalliques. Un mouvement de séquences lourd et vampirique dévoile alors ces charmes qui rappellent tant Phaedra. Des explosions dramatiques et des riffs en suspension ornent le firmament sonique alors des percussions de bois finissent par courir sur un long riff et son effet de réverbération. Les pulsations qui se greffent structurent un genre de gros rock électronique qui fracasse son élan sur les larmes d'un violoncelle hyper larmoyant. Des notes de piano pensives ajoutent plus de mélancolie au versant méditatif de Genesis of Precious Thoughts qui finalement se sauve avec une structure de rythme endiablée, brodée sur deux approches conflictuelles, où les cordes de Hoshiko Yamane remplacent le saxophone de Linda Spa et au final, les synthés et leurs solos. Si Genesis of Precious Thoughts est un teaser de Quantum Gate, l'aventure s'annonce alors très prometteuse car la musique est fortement imbibée de cette approche théâtrale si chère à Thorsten Quaeschning. Et c'est encore plus vrai dans Drowning in Universes; un superbe titre très intense en ambiances avec une structure sombre et lourde où circule le squelette d'un gros anaconda qui décortique ses ions dans de lentes spirales rotatoires. Les synthés et les six-cordes tissent des nuages de mélodies obsédantes qui longent des murs cosmiques, comme des spectres à la recherche d'âmes chaleureuses. En ce qui me concerne, c'est un solide titre où le cosmos et ses étoiles vont de pair avec les ténèbres et ses ombres de terreur nocturne. Même si le mouvement des séquences peut rappeler les ordres rythmiques des années Miramar et Eastgate, Electron Bonfire sonne comme un vent de fraîcheur dans ce nouvel environnement artistique de Tangerine Dream. La première partie offre une structure de rythme ambiant qui tambourine pourtant violemment des multiples ruades en séries des nerveuses lignes de séquences. Des rêves d'une guitare absente et des lignes de brume électrique se chamaillent la portion d'harmonies fantômes alors que les séquences scintillent toujours avec l'ardeur d'un troupeau d'ions affamés pour des battements soutenus. C'est une sorte de pagaille qui s'éclaircit vers la mi-temps avec un bon é-rock nerveux. De bonnes percussions lourdes et des suites de séquences hypernerveuses roulent à fond de train sur ces discrètes harmonies fantômes qu'un synthé efface avec une étonnante, pour l'univers de Tangerine Dream, approche mélodieuse qui fond ses airs avec ces cordes, parfois omniprésentes, dont les larmes oblongues séparent bien l'électronique de l'acoustique. Mirage of Reality est une composition de Thorsten Quaeschning et Ulrich Schnauss. Et ma foi, ça sonne comme du vrai bon TD! La structure est évolutive. Lorsqu'on la saisie elle change de forme dans une approche toujours sombre où les effets et les orchestrations inondent une structure de rythme passif. Il y a des séquences qui dansent seules, rappelant ces mouvements agiles de Chris Franke dans les années Virgin. Elles annoncent un changement d'orientation avec des effets dramatiques qui nourrissent le suspense et qui amènent Mirage of Reality vers une finale hyper chargée en sons. Une finale lourde où la signature de la Sonic Poem Series rôde parmi ces structures lentes et riches en tonalités de Ulrich Schnauss. Oui, ça regarde définitivement bien. Mais je continue de croire que le Dream ne peut survivre à Edgar. Sauf que je vais laisser une chance à ce Quantum Years.

Sylvain Lupari (29/08/15) *****

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