• Sylvain Lupari

WLADYSLAW KOMENDAREK: I'm an Alien (2015) (FR)

Cette étrange compilation de Komendarek pour les besoins de son premier album sur Generator est totalement folle, sauvage, mais délicieusement bonne

1 Prince of Darkness 12:45

2 Empire of the Pure Souls 12:53

3 Spring Impressions 9:42

4 Open Galaxy 25:40

5 Gunboat 10:24

Generator pl. | GEN CD035

(CD 71:39)

(Prog EM, Berlin School)

Je suis un étrange. Un extra-terrestre! Il n'y a rien de plus vrai que cette étiquette que Władysław Komendarek aime bien se coller à la peau. L'icône emblématique de la musique underground, de la musique sans frontières, qui fait frémir la scène culturelle polonaise depuis bientôt 30 ans aligne des albums qui ont le don d'étonner et aussi de séduire à chaque fois. Parce que c'est fou, c'est osé et, surtout, très différent. Le polygame des sons et des genres aiment déstabiliser son public en offrant une musique qui se renouvelle à chaque fois dans ses excès de curiosité ou, encore, son souverain désir d'indépendance artistique. Premier album solo à paraître sur le prestigieux label de MÉ polonaise, I'M AN ALIEN plonge dans cet univers d'instabilité des genres où la complexité de la musique progressive, Komendarek était claviériste pour le groupe Exodus dans les années 70, côtoie celle de la MÉ de style Berlin School. Composée entre les années 80 et 90, sauf pour Prince of Darkness, cet album nous convie à une étonnante collection de titres inédits sélectionnés par Generator Pl. afin d'introduire la musique de Wladyslaw Komendarek aux habitués de ce label qui se spécialise en MÉ contemporaine. Présenté dans un bel emballage digipack et orné d'une splendide pochette cosmique unique aux albums de ce label, cette compilation de vieux titres perdus de Wladyslaw Komendarek étale tous les paradoxes de ce fascinant caractère qui aime oser et défier la patience des oreilles frileuses.

Et ça débute avec une oblongue ligne de synthé qui crisse comme du métal se tordant de folie dans une faune sonique bourrée de cliquetis métalliques, de stridulations d'insectes synthétisés et autres cognements de tous genres. Des voix perdues tentent de souffler des brises éthérées à travers ces gémissements métalliques, conférant à Prince of Darkness une lente intro ambiante qui agonise dans ses parfums ocrés. Des cognements répétitifs s'en échappent un peu avant la quatrième minute. Phase où Prince of Darkness devient plus musical avec des filets de synthé dessinées de brumes et d'absentes voix qui fredonnent un air abstrait sur une structure de rythme progressant à pas de loup. Les séquences claquent et leurs échos forgent ce rythme sournois, alors que les cliquetis éveillent des souvenirs de Tangerine Dream dans Le Parc et que les nappes ainsi que les riffs de synthé éveillent ceux de Exit. Peu à peu, Prince of Darkness change encore de peau pour initier une structure de rythme plus soutenue où les éléments zigzaguent dans le lit des oscillations et des séquences/percussions qui tambourineront sans cesse un rythme circulaire qui cherche constamment à prendre forme. Pas trop complexe, pas trop effrayant, Prince of Darkness est le titre idéal pour nous convier à cette fascinante. Empire of the Pure Souls est un long titre d'ambiances avec des ondes de synthé qui ondoient comme de lentes ailes noires étalant des sillons radioactifs. Des voix caverneuses errent dans cette mosaïque ambiante forgée dans les abondons du désespoir. Le titre borde tant les éléments séraphiques, notamment avec cette délicieuse chorale angélique, que Méphistophéliques avec la chute d'une grosse orgue gargantuesque à faire virer le fantôme de l'Opéra dans sa tombe. Spring Impressions sort de nul part. C'est une belle ballade électronique, longue, séduisante et très accrochant avec un bon rythme, de bons effets harmoniques et une envoûtant enveloppe charismatique. Une musique de film où les bons sont les bons! Très beau! Il y a une petite teinte de TD dans Legend.

Open Galaxy est un long titre protéiforme ouvert à toutes les possibilités et noué dans toutes les improbabilités. Indomptable, le titre débute avec une approche ambiante où naît une structure de rythme abandonnée sur l'autoroute de la cacophonie. C'est assez...étrange, disons. Des nappes d'orgue reviennent pimenter les ambiances, alors que les cliquetis des élytres de métal pétillent comme une étrange course contre le souffle que des séquences claquantes matraquent avec de vifs mouvements papillonnés. Une ligne de séquences fait bondir ses ions dans un mouvement giratoire saccadé qui est toujours enveloppé dans le lit des somptueuses ondes d'orgue. Des percussions répétitives noient l'approche dans un genre de techno qui refuse de décoller, trop emmitoufler dans des effets électroniques pour rager librement. De peau en peau, de phase en phase; Open Galaxy mue au gré des fantaisies de Komendarek qui plonge le titre dans un furieux rock progressif avec de superbes solos de synthé qui mourront dans une phase soit cosmique ou Méphistophélique, c'est au gré de notre imagination. Composé dans la même époque, 1987, Gunboat exploite la démesure et les parties les plus explosives de Open Galaxy mais dans une approche nettement plus débridée avec de solos de synthé qui feront revivre dans plusieurs d'entre nous les années folles et sans contraintes de Keith Emerson. À petite dose, tellement c'est furieux!

Un judicieux conseil si vos oreilles se frottent pour la première fois à l'univers de Władysław Komendarek. Mais il y a de tout dans ce I'M AN ALIEN. Du bon Berlin School! De l'ambiant qui vous avalera ainsi qu'une sublime ballade électronique nappée d'une envoûtante mélodie. Et enfin...la folie! Mais c'est bon. C'est à l'image de ce personnage qui trouve toujours un moyen de séduire. Même dans ses excès les plus fous!

Sylvain Lupari (5 Mai 2015) *****

SynthSequences.com

Disponible chez Generator PL

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