• Sylvain Lupari

BERTRAND LOREAU: Sequences (2010) (FR)

Avec ses mouvements fluides et ses mélodies sculptées dans l'obscurité des âmes solitaires, c'est un incontournable pour les fans de MÉ basée sur séquenceur

1 Séquence Souvenir 8:20

2 Arc en ciel 5:32

3 Cerfs-volants 6:43

4 Rue Colbert 6:10

5 Libourne 2005 Part 1 4:21

6 Libourne 2004 20:02

7 Libourne 2005 Part 2 13:22

8 Séquence Libre 4:50

PWM Distrib

(CD 70:42) (V.F.)

(Sequencer-base style)

Bertrand Loreau est assurément mon coup de cœur et une de mes plus belles découvertes. Le synthésiste Français sait par-dessus tout comment façonner des mélodies à partir d'une simple idée ou d'une note isolée. Comme on peut l'imaginer, SEQUENCES est un album basé sur des mouvements séquencées. En Berlin School, on dit; sequencer-based style. Inséré dans une pochette qui dépeint toute sa mélancolie, Bertrand Loreau présente 8 titres composés entre 1988 et 2005. Certains sont de purs squelettes dégraissés de leurs mélodies alors que d'autres revêtent les mélodieuses approches du musicien de Nantes. Divisé en 2 parties, SEQUENCES est une référence pour concilier séquences et mélodies. La première partie regroupe des enregistrements studios qui sont restituer à l'état pur, alors que la deuxième partie est plus mélodieuse avec des extraits de concerts donnés aux festivals de Libourne et de Close Encounters en 2004 et 2005. Un véritable album d'expressions libres ou corporelles, c'est une œuvre hybride où l'expérimental côtoie cette beauté et cette nostalgie qui habitent et divisent Bertrand Loreau.

De fines pulsations éclosent et sautillent de façon arythmique. Comme un ballet libre Séquence Souvenir s'envole dans un maelström de séquences où les accords voltigent et s'entrecroisent, créant une étrange mélodie fragmentée par d'étonnants dénouements et d'arrêts brusques. Une mélodie expérimentale niche sur cette longue structure spasmodique où les ions sauteurs virevoltent, palpitent, se succèdent et s'entrecroisent en tous sens au gré de stupéfiants mouvements séquencés, tout comme le feu-follet qu'est Arc en Ciel. Cerfs-volants est très représentatif de son appellation. Imaginez un cerf-volant et ses mouvements imprévus dictés par les vents et vous avez la plus belle description pour ce titre. Avec Rue Colbert nous entrons dans les territoires mélodieux du musicien français. Joué à Salle Vasse en 1988, il démontre sa nette attirance pour les mélodies électroniques du style de Le Parc ou Underwater Sunlight de Tangerine Dream. Un solide morceau qui débute avec d'hésitantes séquences avançant à pas de chat pour danser un tango électronique. Vêtu de sa mélodie, le titre progresse avec de belles séquences et accords de claviers qui tournoient délicatement autour de son axe de rythme. Les percussions tombent et façonnent une captivante et entraînante rythmique accompagnée d'un synthé aux doux souffles spectraux. Nous ne sommes pas au bout de notre étonnement que des frappes de xylophones émergent pour gonfler une étonnante mélodie qui accentue subtilement sa cadence. C'est un titre absolument génial, tout comme Libourne 2005 Part 1 qui est une splendide, mais une splendide ballade électronique qui virevolte comme un carrousel de cristal. Un monument de tendresse et de poésie électronique, cette délicate aubade des étoiles est empreinte d'un lyrisme mélancolique et d'une douceur angélique. On se croirait au ciel, dans les nuages, et sur terre, dans l’océan, avec cette tendre et mélodieuse aria qui est assurément une des plus belles que j'ai entendue dans l'univers de la MÉ.

Et Bertrand Loreau continue de nous étonner avec Libourne 2004. Ce long morceau d'une vingtaine de minutes est un enchaînement de divines mélodies où l'on sent nettement une influence de Vangelis. Une influence qui est couchée sur cette approche très nostalgique et sombre qu'est l'expression artistique française. De douces strates de violons émergent d'une introduction spatiale où chapelets de séquences s'égrènent sous des cymbales angéliques. Des souffles éclectiques ressurgissent et imprègnent une approche psychédélique à ce titre qui débute un peu comme Rue Colbert, mais avec une enveloppe musicale plus développée. Les violons et les séquences hésitantes tissent une toile dramatique et mystérieuse qu'un doux serpentin de séquences traverse avec une fluidité carillonnée. Doucement, et tendrement, les séquences s'agitent sous les sourdes implosions de synthé et tournoient telle une comptine pour mélancoliques pour s'isoler et s'effacer dans l'aube des temps. À la dixième minute un autre mouvement du séquenceur émerge. Toujours très doux il résonne telles les cordes d'une guitare que l'on pince durement pour sonner vaguement comme un clavecin. Un bref mouvement qui en précède un autre plus harmonieux avec des cordes de violons que l'on frotte avec énergie et qui, comme par magie, fait ressortir une délicate mélodie aux milles carillons. Une mélodie qui se greffe vers une rythmique ascendante où chœurs et séquences déboulent et chevauchent dans un micmac musical aussi audacieux qu'harmonieux. Libourne 2005 Part 2 frappe en plein cœur des années Haslinger du Dream. Son introduction offre une rythmique tendre où les séquences s'entrecroisent dans un canevas harmonieux dont le débit s'accentue graduellement pour aboutir dans un splendide tourbillon qu'une ligne de basse appuie d'une bonne profondeur musicale. Les séquences volent, virevoltent et s'entrecroisent sur un mouvement plein de staccatos avant de déboucher sur une belle chevauchée séquencée. Un très beau passage qui nous amène vers un chemin solitaire et une structure plus éthérée où une douce voix de femme réclame douceur et sollicitude sur un fin mouvement nous rappelant les frontières du superbe Legend. C'est un autre titre plein de rebondissements qu'on ne se lasse pas d'entendre. Séquence Libre termine cet impressionnant ouvrage sur les séquences avec un titre où des accords de verre tintent avec d'autres plus graves. C'est un beau mélange dans les tonalités qui forge une mélodie à deux tons.

Comment ne pas tomber sous le charme de SEQUENCES? Je dois admettre que c'était sur le bout des oreilles que j'ai découvert cet album de Bertrand Loreau. Étant plus un essai sur les séquences que des pièces purement mélodieuses ou musicales, les 3 premiers titres ralentissent l'ardeur de plonger dans cette quintessence de mouvements séquencés. Par contre une fois cette étape franchit, nous sommes envahis par un monde musical de charmes et de rêveries; le merveilleux monde de Bertrand Loreau. Avec ses fluides mouvements et ses étonnantes mélodies sculptées dans les pénombres des âmes solitaires, c'est un incontournable autant pour les fans de Tangerine Dream, Philip Glass ou Vangelis.

Sylvain Lupari (21/11/11) *****

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Disponible au PWM Distrib

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