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  • Sylvain Lupari

Paul Ellis & Pabellón Sintético Clouds and Terrain (2022) (FR)

Un très bel album où chaque titre est un petit bijou pour les oreilles

1 The Book of Life is Written with Disappearing Ink 6:05

2 The Gray Horizon 8:14

3 Rhythm and Drift 7:37

4 Neon Fireflies 7:04

5 Verdant Microcosm 5:50

6 Clouds and Terrain 13:23

7 Fluid Architecture 6:31

8 Window to the Exact Moment 6:27

9 Melodic Fragments in Amber 16:05

Cyclical Dreams CYD 0066

(DDL/CD(r) 77:19)

(New Berlin School)

D'habitude, j'écoute du Paul Ellis pour relaxer, il fait de l'excellent Berlin School ambiant, ou bien pour me guider vers une sieste en après-midi. Mais là, je peux vous dire qu'il était impossible de s'endormir sur les rythmes lourds et vifs de ce CLOUDS AND TERRAIN, un album fait avec la collaboration de Pabellón Sintético. Celui-là même qui nous a donné l'excellent Instructions for Building an Orange en 2021. Les 2 artistes ont cette même vision de créer une musique électronique (MÉ) qui sort de sa zone de confort. Si Pablo Bilbao est plus à l'aise dans un style New Berlin School progressif, aux tonalités très Tangerine Dream, le musicien américain privilégie une vision plus atmosphérique souvent auréolée de tonalités cosmiques, d'arpèges errants ou autres effets sonores qui font travaillés nos neurones. Disons que Pabellón Sintético a l'ascendant sur Paul Ellis dans cette première collaboration qui est axée sur des rythmes électroniques oscillant entre le rock et la EDM tout en flirtant avec le style New Berlin School, mis à part pour la cinématique et atmosphérique de Melodic Fragments in Amber. Ça ne veut pas dire que Ellis est effacé dans cet album. Bien au contraire, la polyvalence de ses visions ajoute sa dimension très personnelle d'un Berlin School cosmique dans une palette de tonalités qu'il nous a fait découvrir dans sa trilogie Panoramas. L'environnement sonore et musical de ce CD(r) est très inspiré d'Edgar Froese, au niveau du mellotron, et de Tangerine Dream, pour les effets et riffs, de même que l'utilisation assez créative du séquenceur qui fait dribbler ses arpèges sautillants dans des visions autant rythmiques que mélodies cadencées. Bref, un album plaisant où chaque titre est un petit bijou pour les oreilles.

The Book of Life is Written with Disappearing Ink propose un rythme ondulant avec nuances au niveau des atténuations, un peu comme s'il passait sous des tunnels, sous des brises de synthé aux uniques parfums de TD. On peut aussi dire la même chose de ces nombreux solos et ces harmonies flottantes aux timbres de flûte enchanteresse qui sillonnent les horizons d'une musique qui ajuste son rythme pour épouser une forme plus du genre rock électronique. Notons le beau maillage entre un séquenceur créatif et des percussions électroniques teutoniques. Des lamentations de baleines sidérales, une chorale pieuse et des cloches pastorales sont au nombre des nébulosités à ouvrir The Gray Horizon. Le rythme est évolutif, jouant sur les nuances de sa vélocité, et émerge d'une brume suspendue pour sautiller en zigzagant. Des accords rythmiques bondissant sur une peau élastique et des éclats lumineux ondoyant comme des reflets lézardés bleuâtres, ça me rappelle vaguement certains effets de Drunken Mozart in the Desert de Stuntman, sont les premiers accompagnateurs de cette structure rythmique. Si les percussions électroniques restent sobres, le jeu du séquenceur est créatif en faisant dribbler ses arpèges rythmiques alors qu'une ligne de basse-séquences résonnantes aide à mieux propulser la vélocité d'un rock électronique tiraillé par sa vision de New Berlin School. Entre de la EDM et du rock électronique, la musique et les rythmes de Rhythm and Drift sont en symbiose avec l'idée du titre. Son rythme pulsatoire et vibrionnant lui donne l'élan pour embrasser une structure qui ressemble à du Moonbooter pour l'énergie et cette tendance à la danse. Des lignes d'arpèges sillonnent cette structure à la fois bondissante et spasmodique que des nappes de synthé recouvrent d'une vision mélodieuse qui se compare au style Düsseldorf School. De fascinants effets vocaux, autour de la 3ième minute, attirent notre attention, démontrant la richesse tonale qui enveloppe cette première collaboration Ellis/Bilbao. Les élans vibratoires en sont un autre exemple, de même que ce duel séquences et percussions, vers la finale, qui met en relief l'ossature rythmique du titre. Neon Fireflies est un autre titre dont la musique est en symbiose avec son titre. Son ossature rythmique est conçue de ruades et de gambades vives qui sont forgées par un séquenceur en deux tons et deux vitesses. Les riffs de clavier ont une tendance de mélodie fracturée, dans le style de Tangerine Dream. Le séquenceur active sa rapidité en faisant dribbler, et par la suite courir ses arpèges sauteurs, qui voltigent comme des nuées de mouche à feu, dont la rapidité prend une coche de plus avec l'arrivée des percussions. Des solos de synthé complètent cette structure enlevante en toute fin de Neon Fireflies.

C'est dans une ouverture cosmique à la Pink Floyd, genre Meddle, que Verdant Microcosm offre un des rares moments atmosphériques de CLOUDS AND TERRAIN. Des accords résonnants comme un nuage de radioactivité tentant de dialoguer propose un premier jet harmonique avant que le rythme ne se transforme en une ballade fanfaronnade, proposant aussi ses nuances avec un séquenceur qui le fait zigzaguer pour tituber sur l'effet bondissant des percussions plus sobres ici qu'ailleurs dans l’album. Simple, entrainant et efficace, notamment avec sa charge de solos de synthé autant mélodieux que méditatifs. Du haut de ses 13 minutes, la pièce-titre démarre assez brusquement. On dirait un bon rock que TD structurait dans la trame sonore de This Park is Mine. Les synthés dominent les premières minutes avec de bonnes lignes mélodieuses, jusqu'à le rythme se mette en seconde vitesse après la 3ième minute. Encore ici, le jeu du séquenceur attire l’attention avec une vision qui n'est pas sans rappeler le génie de Chris Franke, jouant sur les nuances et la vélocité d'un rythme qui charme plus les neurones que les pieds. Certains accords cadencés projettent une aura organique et conduisent la musique vers une phase plus atmosphérique autour de la 7ième minute. Un court passage avant que le rythme se revigore dans une belle vision de rock électronique berbère. Mis en scène par de lentes lamentations bourdonnantes et ondulatoires, Fluid Architecture fait aussi claquer et résonner des effets percussifs stationnaires dans une ouverture où les harmonies de synthé flottent comme des nappes endormies. D'ailleurs on en entend les ronflements avant que des percussions et une ligne de basse-pulsations ne redirigent le rythme vers une structure plus en mode danse. Genre Moonbooter. Le rythme pulsatoire est ceinturé de belles lignes de synthé, qui mélangent mélodie et effet de sirène, et par de très bons mouvements des séquenceurs qui lancent des lignes entrecroisées d'arpèges cadencés sur un beat techno danse. Nos oreilles ont droit à de bons solos de synthé aux intonations très nuancées et à une bonne enveloppe tonale avec maints riffs et accords lancés dans le tourbillon du rythme. Window to the Exact Moment propose une structure de rythme construite sur les à-coups des percussions électroniques qui frappent au-dessus d'un beau mouvement du séquenceur qui est fluide de sa démarche cahoteuse. Ce rythme bat et s'estompe lorsque la musique passe par des phases plus méditatives. Les effets bourdonneurs des synthés, de même que leurs textures de mélodies soufflées sous forme de solos, et ces arpèges qui scintillent en suspension sont parmi les éléments qui ornent un décor respirant toujours ce parfum tonal des années métalliques de Dream. Melodic Fragments in Amber termine ce somptueux album d'une MÉ pas comme les autres avec un très bon New Berlin School atmosphérique orné d'effets cosmiques et des brises de synthé aux délicieuses dont les textures dramatiques font penser inévitablement aux bandes sonores de John Carpenter. Son enveloppe est plus du genre cinématographique avec un happening musical et une tension dramatique qui accapare nos sens à mesure que les minutes fuient son compteur. Sans être débordante d'énergie, la musique et ses ambiances de film de tension repose sur un rythme pulsatoire lent que le séquenceur tente d'attirer vers une accentuation cadencée. Ce maillage crée ce concept de happening. Le clavier laisse planer des accords dont les reflets miroitants réveillent de lointains souvenirs d'un Halloween qui se déroulerait dans le Cosmos cette fois-ci. Ces arpèges sont aussi magnétisants que le dribblage du séquenceur peut-être séduisant. Bref, un long titre qui rassemble les meilleures idées de CLOUDS AND TERRAIN. Une des belles surprises en 2022 et assurément le meilleur album de Cyclical Dreams, et il en a eu de très bons, cette année.

Sylvain Lupari (22/11/22) *****

SynthSequences.com

Disponible au Cyclical Dreams Bandcamp

(NB : Les mots en bleu sont des liens sur lesquels vous pouvez cliquer)

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